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Tribune pour le journal Métro juillet 2006

samedi 7 octobre 2006, par _S. Paris3-web

La France s’enorgueillit parfois d’être une terre d’accueil des migrations intellectuelles, au regard de la tradition millénaire de ses universités dans ce domaine. Au XIIIème siècle, par exemple, St Thomas d’Aquin a été étudiant et enseignant en Sorbonne. Certes, selon les statistiques officielles, l’enseignement supérieur français accueille encore plus de 210 00 étudiants étrangers et ce nombre aurait crû de près de 80 000 étudiants entre 1998 et 2004. Plus de 60 000 visas sont délivrés chaque année à des étudiants.
Mais ce chiffre révèle une réalité contrastée. D’abord la part des étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur stagne (environ 11%) alors qu’elle ne cesse de progresser dans les principaux pays occidentaux. Ainsi, alors que la France était traditionnellement le deuxième pays d’accueil derrière les Etats-Unis (30%), elle est désormais devancée par le Royaume-Uni (14%), l’Allemagne (12%) et talonnée par l’Australie (10%).
Mais c’est surtout au niveau de la qualité de l’accueil que la situation est la plus inquiétante. Les étudiants étrangers venant étudier en dehors de programmes de bourses sont bien trop souvent laissés à l’abandon le plus complet. Plus d’une demi-douzaine de rapports publics d’institutions les plus diverses (Conseil économique et social, Commissariat général au Plan, Inspection générale de l’Education nationale, etc.) ont dressé ces dernières années ce même constat.
Toutes les étapes pour venir étudier en France constituent un véritable parcours d’obstacles : obtention de la préinscription dans l’université, passage du test de Français, sélection par les Centres d’éducation français(CEF), obtention du visa de long séjour. Et même une fois arrivé en France, les étudiants sont confrontés à de multiples contrôles des préfectures (contrôle de la progression des études, des ressources, du logement, de l’accès au travail à mi-temps). Les préfectures s’érigent ainsi en censeurs de la possibilité pour un étudiant de pouvoir étudier en France et ce sans prendre en compte les contraintes inhérentes à l’adaptation au système éducatif français.
Cette situation ne cesse de s’aggraver depuis des décennies. Elle a eu pour effet de multiplier les cas d’étudiants sans-papiers. Ce sont soit des jeunes « déboutés » du regroupement familial ou venus isolés en France lors de leur minorité et qui après avoir été scolarisés en France rencontrent les pires difficultés à régulariser leurs papiers ; soit des étudiants étrangers, acceptés par une université, mais qui ne réussissent pas à obtenir le visa approprié ou à remplir les conditions draconiennes pour obtenir la carte de séjour.
Et ce d’autant plus que depuis 1997, les étudiants ont été aussi systématiquement exclus des procédures de régularisation et que la disposition de la loi « Sarkozy » de 2003 visant à favoriser la régularisation de ceux entrés sans visa de long séjour n’a été qu’une mesure d’affichage.
C’est donc pour répondre à ces situations et pour préserver une université ouverte à tous qu’une quarantaine d’organisations et une centaine d’universitaires ont signé un appel à la constitution d’un Réseau universités sans frontières, dans le prolongement de la dynamique lancée par le RESF. Il a vocation à apporter son soutien à tous les étudiants étrangers et s’oppose à la philosophie des législations qui, sans cesse depuis une décennie, favorisent une vision utilitariste des migrations en accentuant la sélection des étudiants étrangers selon les « besoins » de l’économie française.

Pour le Réseau universités sans frontières, Serge SLAMA, maître de conférences en droit public, Université d’Evry

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